Au secours, l’Intelligence Artificielle va me voler mon emploi!
Licenciements massifs, IA partout, prédictions catastrophes… et si tout ce que vous lisiez n’était qu’un storytelling bien ficelé ? Avant de paniquer, découvrez pourquoi l’IA ne volera pas votre emploi et ne remplacera pas ce qui fait vraiment votre valeur — et comment tirer parti de ce chaos pour rester indispensable.
Imaginez la scène: Nous sommes en novembre 2025. Vous scrollez l’actualité un mardi matin, café à la main, quand soudain, toute une série de titres catastrophe sur LinkedIn vous arrête net.
- Intel, qui avait annoncé en mars 2025 la suppression de 21 000 postes, soit 20 % de ses effectifs, est désormais sous un jour bien plus sombre : selon une analyse, l’entreprise a en réalité éliminé près de 35 500 emplois en moins de deux ans, dont plus de 20 000 licenciements sur seulement trois mois sous la houlette de son nouveau PDG, Lip-Bu Tan.
- Microsoft en est à 15 000 licenciements, avec des employés qui racontent en off que l’entreprise cherche à « remplacer autant d’emplois que possible par des agents d’IA« .
- Amazon prévoit de se séparer de 14 000 managers pour économiser 3,6 milliards de dollars, tout en accélérant la mise en place d’agents IA pour reprendre une partie de leurs missions.
- Accenture a mis 12 000 personnes à la porte — celles qui ne savaient pas utiliser l’IA.
Et ce n’est qu’un échantillon ! Au premier semestre 2025, plus de 80 000 emplois tech ont disparu. En octobre seul, 150 000 Américains ont perdu leur job — un record depuis 22 ans.
Et vous, entre deux gorgées, vous sentez ce petit frisson glacé remonter le long de votre colonne. Et si j’étais le prochain, et si la vague se propageait en Europe ?
Spoiler alert : le méchant n’est pas celui qu’on croit
Daron Acemoglu, prix Nobel d’économie 2024, lâche une bombe avec le sourire : l’IA n’impactera que 5% des tâches sur 10 ans. Gain de productivité prévu ? 1%. Traduisez : à peu près l’équivalent d’un bon café sur votre niveau d’énergie un lundi matin.
La vraie vie des projets IA:
Voici la réalité des projets IA, loin des simulations en labo, là où il faut livrer des projets et satisfaire des clients :
- 80% des projets IA plantent avant déploiement,
- 70% des pilotes ne dépassent jamais la phase test,
- Souvent, derrière « l’IA révolutionnaire », il n’y a que des scripts basiques — instructions qui répètent les mêmes tâches — ou du RPA, ces robots logiciels qui automatisent des opérations simples comme remplir des formulaires. Le tout rebaptisé « Intelligence Artificielle » et vendu comme de la magie. Sauf que techniquement, ce n’est même pas de l’IA.
Et heureusement : de la vraie IA ne pourrait même pas faire ce boulot répétitif aussi bien !
Pourquoi ? Parce que l’IA génère des réponses variables, elle peut se tromper, halluciner. D’ailleurs, dans le domaine juridique, où il est nécessaire d’être très rigoureux, les meilleurs modèles hallucinent entre 58 % et 88 % du temps selon une étude de Stanford Les scripts et RPA eux, obéissent bêtement à des règles fixes. C’est donc juste de l’automatisation classique déguisée en innovation, avec une facture de consultant en prime.
Mais attendez, ça devient meilleur.
Quand économiser avec l’IA coûte plus cher
- Klarna, qui s’était vanté d’avoir économisé 40 millions en virant ses agents, a dû réembaucher en douce. La satisfaction client avait plongé comme un soufflé raté. Apparemment, les clients préfèrent parler à des humains quand leur problème est réel.
- IBM et son AskHR miracle ? Pareil. Le chatbot ne comprenait rien aux conflits, aux émotions, à ces trucs compliqués qu’on appelle… des êtres humains. Réembauche discrète au programme.
- Selon l’analyse de Forrester « Predictions 2026: The Future Of Work », 55% des employeurs regrettent d’avoir licencié des travailleurs à cause de l’IA. Pas mal, non ?
- Et le meilleur pour la fin : Les données d’Orgvue montrent que les entreprises dépensent environ 1,27$ pour chaque dollar économisé par des réductions d’effectifs, une fois les indemnités de départ, l’assurance chômage et la perte de productivité prises en compte.
Bref : on licencie pour économiser 1 dollar. On en dépense 1,27, on se rend compte que l’IA ne fait pas le boulot et donc on réembauche. Mais moins cher, et si possible ailleurs, et surtout très discrètement.
Le vrai scénario (celui qu’on ne vous raconte pas)
L’OCDE, dans son Economic Outlook d’octobre 2025 révèle que la croissance mondiale ralentit (de 3,3% en 2024 à 3,2% en 2025, puis 2,9% en 2026). Mais surtout, les perspectives se dégradent : barrières commerciales en hausse, incertitude politique, confiance des entreprises et des consommateurs en berne. La consommation ralentit, les marchés hésitent, les investissements se contractent.
Les entreprises tech dépassées
Les entreprises tech, qui avaient embauché comme à un buffet à volonté pendant la pandémie, se retrouvent avec des équipes surdimensionnées face à une croissance qui ne décolle plus.
- Question : Comment annoncer un plan social massif sans passer pour des gestionnaires incompétents qui se sont plantés ?
- Réponse : L’IA ! Cette excuse parfaite, moderne, sexy, incontestable.
L’IA : le prétexte parfait
Dire « on licencie à cause de l’IA » bat à plate couture « on a surembauché comme des cowboys, nos prévisions étaient foireuses, et maintenant nos actionnaires nous mettent la pression ». Ou pire : « on perd de l’argent, nos ventes dégringolent, et on se restructure dans la panique ». Et ce narratif arrange tout le monde : les dirigeants qui sauvent la face, les investisseurs qui valident le « virage technologique », et les acteurs de l’IA qui ont besoin qu’on croit à la révolution pour justifier leurs valorisations stratosphériques.
D’ailleurs, cette excuse a rapidement dépassé la Silicon Valley. UPS coupe 48 000 postes ? L’IA. Target vire 1 800 employés après quatre ans de ventes au ralenti ? L’IA. Paramount licencie 2 000 personnes en pleine hémorragie financière ? Devinez. Même Lufthansa invoque l’IA pour justifier 4 000 suppressions de postes d’ici 2030, sans daigner expliquer comment…
C’est du storytelling pur jus. Et ça marche parce qu’on veut y croire. Comme le note cyniquement David Autor, professeur au MIT: « Que l’IA soit la raison ou non, vous seriez sage d’attribuer le crédit à l’IA. »
Ce que l’IA révèle vraiment (et c’est pas si mal)
Mais derrière ce récit inventé, un constat inattendu émerge : l’IA ne remplace pas la compétence humaine. Elle la révèle. Parce qu’une fois qu’on a automatisé les tâches répétitives, qu’est-ce qui reste ?
- La nuance. Celle qu’aucun algorithme ne peut saisir. Cette capacité à lire entre les lignes, à sentir ce qui cloche, à ajuster le tir en temps réel.
- La relation. Celle qui fait qu’un client reste ou part, qu’une équipe tient ou craque. Parce que oui, les gens préfèrent toujours parler à quelqu’un qui comprend leurs galères plutôt qu’à un chatbot qui leur répond en boucle « Je n’ai pas compris votre demande ».
- Le discernement. Savoir quand suivre la règle et quand la plier. Faire la différence entre un problème technique et un problème humain. Comprendre ce qu’on ne vous dit pas explicitement.
- La créativité. Pas celle de façade, mais celle qui invente, qui brise, qui ose. Celle qui regarde un problème et se dit « et si on essayait complètement autre chose ? »
L’IA imite et accélère, mais elle ne comprend rien. Elle génère du contenu sans savoir pourquoi, répond sans écouter, calcule sans ressentir. Et c’est exactement là que vous devenez indispensable.
Bon, concrètement, on fait quoi ?
On arrête de paniquer en lisant les prédictions apocalyptiques sur LinkedIn, pour commencer.
1. Regardez tout ce cirque avec lucidité
Les titres alarmistes, les posts catastrophes, les timelines de fin du monde ? Du bruit. Concentrez-vous plutôt sur ce que vous contrôlez : vos compétences, votre réseau, votre capacité d’adaptation. Le reste, c’est du folklore!
2. Misez sur ce qui ne s’automatise pas
Développez votre intelligence relationnelle. Affûtez votre pensée critique. Apprenez à raconter des histoires qui accrochent, à résoudre des problèmes impossibles et à naviguer dans l’ambiguïté. Là réside votre vraie valeur — pas dans le copier‑coller de slides ou le remplissage automatique de tableaux. L’IA peut tout simuler, mais elle ne peut pas inventer, sentir ni comprendre à votre place.
3. Tissez votre filet (pas juste votre CV)
Dans les périodes de turbulence, ce qui vous sauve, ce n’est pas votre liste de certifications — c’est qui vous connaît, qui vous apprécie, qui pense à vous quand une opportunité se présente. Famille, amis, collègues : ces liens sont votre capital le plus précieux. Entretenez-les.
4. Restez curieux, bon sang
La curiosité, ce n’est pas qu’un hobby le dimanche. C’est un vrai pouvoir. C’est elle qui vous permet de voir les opportunités là où d’autres ne voient que des portes fermées. D’explorer des chemins que personne n’a encore empruntés. De transformer l’adversité en terrain de jeu plutôt qu’en salle d’attente anxiogène.
Et maintenant ?
Soyons clairs : le marché se contracte, des gens compétents se font virer, et ce n’est pas près de s’arranger demain matin. Mais pendant que tout le monde regarde l’IA comme le grand méchant loup, la vraie question est ailleurs : qu’est-ce que vous allez faire de ce moment ?
Parce que vous avez deux options.
- Option 1 : Vous pouvez paniquer. Scroller LinkedIn en boucle. Compter les licenciements comme d’autres comptent les moutons. Vous convaincre que c’est foutu. C’est une option légitime. Épuisante, mais légitime.
- Option 2 : Vous pouvez regarder ce cirque pour ce qu’il est — un narratif qui arrange tout le monde, sauf vous — et décider que votre trajectoire ne se joue pas sur les prédictions d’un éditorialiste ou les promesses d’une startup survalorisée.

L’IA ne remplacera pas ce qui fait que vous êtes bon dans ce que vous faites (du moins, pas pour le moment). Pas parce que « l’humain est irremplaçable » (on connaît la chanson), mais parce que les entreprises qui essaient découvrent que ça ne marche pas. Alors oui, restez vigilant. Mais pas paralysé.
Et si le monde du travail se réinvente, autant être de ceux qui le réinventent plutôt que de ceux qui le subissent — en attendant que quelqu’un leur dise quoi faire.




