Comment désamorcer la colère d’un manager explosif

Colère, tension, hostilité: savoir désamorcer ces situations sans se renier est une compétence stratégique. Découvrez comment reprendre la main et transformer le conflit en opportunité.

Maïa est arrivée dans mon bureau comme si elle venait de traverser un cyclone émotionnel : yeux rougis, voix tremblante, mélange de colère, de peur et d’écœurement.
Son manager lui reprochait encore ses départs anticipés et ses arrivées décalées. Rien de frivole : une mère malade, des rendez-vous médicaux imprévisibles, et même un détour chez le vétérinaire pour un chat cumulant plus de pathologies qu’un roman russe.

Mécanique vers une spirale émotionnelle

Sa manager n’entendait rien. Pas un poil de nuance, pas un atome de compréhension. Lorsque, pour la quatrième fois en un mois, Maïa avait prévenu qu’elle arriverait plus tard, elle lui avait lancé un cinglant : « Dans ce cas, ne revenez même pas après votre rendez-vous. ».
Instantanément, Maïa avait basculé dans un mélange de panique, de colère et de frustration. Elle voulait à la fois fuir, hurler et s’expliquer.

Retrouver son calme pour reprendre la main

Avant toute action, je lui ai rappelé qu’elle devait d’abord respirer. Quelques minutes suffisent parfois à remettre un peu d’ordre dans le chaos intérieur. Nous avons pratiqué ensemble cinq minutes de cohérence cardiaque, cet exercice simple où l’on synchronise souffle et rythme cardiaque pour calmer le système nerveux et retrouver une présence plus stable.
Une fois la tension un peu retombée, il était possible d’envisager des actions concrètes pour reprendre pied sans nourrir le conflit.

Poser les faits

Je l’ai interrogée : « Ces remarques sont-elles totalement injustes ou y a-t-il une part de vérité ? »

Maïa a admis ce qui devait l’être : oui, ses absences tombaient mal et pouvaient désorganiser le travail de l’équipe. Mais ce n’était pas sa faute, les circonstances étaient indépendantes de sa volonté !
Je l’ai poussée un peu plus loin : «Penses-tu que ton manager pourrait s’inquiéter pour la continuité du travail ou sentir que son autorité est écornée ?» Maïa a admis, à contre-cœur, que c’était possible.

C’était le point de départ pour construire une stratégie claire : admettre ce qui doit l’être tout en confirmant sa position.

Désamorcer le conflit par une reconnaissance subtile

Avant de réfléchir à sa réponse, il ne s’agissait pas simplement de répliquer : Maïa devait demander à sa manager de faire le point dans son bureau, dans un cadre calme et propice à l’échange. Cela permettait de créer un moment sécurisé, où le dialogue pouvait réellement se dérouler.

Utiliser le « contre-feu » pour désamorcer la tension

Je lui ai proposé une méthode que j’utilise volontiers face à l’hostilité (justifiée ou non). Il s’agit de glisser un “contre-feu” dans la conversation.
Le contre-feu est un élément positif sincère, même minuscule, utile pour interrompre la spirale émotionnelle. L’idée n’est pas de flatter pour calmer, ce serait contre-productif. On reconnaît simplement quelque chose de vrai et spécifique, assez personnel pour désamorcer le conflit.

Maïa reconnut en soupirant, que sa manager savait tenir ses deadlines, un mérite qu’il fallait bien lui accorder… même si le reste du personnage pouvait faire grincer des dents.

Les trois axes pour structurer sa réponse

Pour réussir sa riposte pendant l’entretien, je l’invitais à dérouler ces trois points dans ce même ordre:

  1. Reconnaître la réalité du point de vue de l’autre : admettre que ses absences perturbent ponctuellement l’organisation, sans s’excuser pour ce qui échappe à sa volonté.
  2. Exprimer son ressenti personnel : même si elle comprends la réaction de son manager, Maïa peut dire qu’elle lui semble injuste, tout en glissant le contre-feu : « Même si je comprends votre réaction, elle me semble injuste, et c’est dommage, car j’ai beaucoup d’estime pour vos qualités — votre capacité à atteindre vos objectifs malgré les pressions quotidiennes m’inspire sincèrement. »
    Cette phrase crée un léger décalage dans la confrontation : elle exprime un désaccord sans agressivité et reconnaît une qualité réelle, ouvrant un espace pour un dialogue plus humain.
  3. Rappeler son engagement : montrer sa motivation, sa rigueur et son sérieux malgré les contraintes, pour que son manager comprenne qu’aucune absence ne remet en cause sa fiabilité.

Cette approche est très efficace et ce n’est pas de la manipulation. Le fait reconnu est réel et exprimé avec sincérité. Même quand la personne ne nous inspire apparemment rien, il existe toujours un petit aspect positif — parfois minime, presque insignifiant — capable de désamorcer le conflit.

Quand la discussion produit des résultats inattendus

Le lendemain, Maïa m’a appelée détendue, presque amusée.
La discussion avait produit un effet immédiat. Sa manager, visiblement prise de remords, s’était montrée douce, prévenante, presque gênée. Elle avait même apporté des croissants pour toute l’équipe, un geste maladroit mais sincère, comme pour montrer qu’elle avait conscience d’avoir dépassé les bornes.

Ce que cette histoire révèle sur les dynamiques de pouvoir au travail

Ce retournement n’a rien de magique. Il montre simplement qu’un manager – ou un client, un actionnaire, voire même une belle-mère ! – même rigide ou maladroit, peut se réajuster lorsqu’on introduit un élément qui déprogramme l’affrontement.

En agissant avec calme, lucidité et fermeté, Maïa a désamorcé un conflit imminent. Elle a aussi repositionné la relation sur un terrain plus humain, où la vulnérabilité n’est plus perçue comme une menace.

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