Comment faire son profil professionnel

Votre profil professionnel, c’est bien plus qu’un paragraphe formaté sur votre CV. C’est ce qui montre qui vous êtes, ce que vous apportez et pourquoi ça compte — sans ressembler à tous les autres.

Tout le monde parle de « profil professionnel », mais personne ne parle de la même chose. Certains pensent à la petite section du CV. D’autres à la présentation en entretien. Et les recruteurs ? Ils s’en servent pour répondre à une question très simple :

“Est-ce que cette personne peut m’apporter quelque chose ou à mon équipe ?”

Le profil professionnel, c’est le point d’équilibre entre votre parcours, vos compétences, vos valeurs et les besoins du marché. Rien de plus, rien de moins. Et si la lecture est limpide, on comprend vite ce que la personne sait faire et comment elle fonctionne, sans qu’il faille le préciser à chaque ligne.

Les règles de base (pour tous)

1. Partir de soi, pas d’un modèle

Avant d’écrire quoi que ce soit, posez-vous trois questions (et répondez-y honnêtement, pas comme si vous passiez un entretien d’embauche imaginaire) :

  • Qu’est-ce que je fais naturellement bien ? (pas ce qu’on attend de vous, ce que VOUS faites bien, même si ça ne fait pas « sérieux »)
  • Qu’est-ce qui me donne de l’énergie au travail ? (créer, coordonner, analyser, former… ou simplement finir un truc bordélique et le rendre nickel)
  • Quelles valeurs me portent ? (clarté, innovation, bienveillance, efficacité… et non, « l’excellence » n’est pas une valeur)

Ces réponses sont votre boussole. Elles évitent de tomber dans le copier-coller générique qui fait bailler les recruteurs dès la première ligne.

2. Compétences clés vs bullshit skills

Soyons francs deux secondes.

  • Compétences clés : celles qui génèrent un impact mesurable. Celles qui font qu’on vous paie.
    Exemples : SEO, gestion de projets agiles, analyse de données, pilotage budgétaire, négociation commerciale.
  • Bullshit skills : mots à la mode qui ne prouvent rien et que tout le monde met parce que « ça se fait ».
    Exemples : « Bonne communication », « polyvalent.e », « esprit d’équipe », « dynamique », « passionné.e ».

Règle d’or : prouvez ce que vous avancez avec un résultat ou un exemple concret. Sinon, vous êtes juste une liste d’adjectifs sur pattes. Et personne n’embauche des adjectifs.

3. Adapter sans se trahir

Votre profil doit résonner avec le poste visé, mais pas au point de vous faire disparaître. Personne ne demande de devenir un caméléon corporate. Mettez en avant les compétences et expériences pertinentes pour le contexte, tout en restant fidèle à votre personnalité et à vos forces. Un profil vivant s’adapte au type de poste, sans vous transformer en version édulcorée de vous-même.

4. Faut-il vraiment une section « profil professionnel » ?

Pas toujours. Et c’est important de le dire.
Si votre parcours est déjà limpide, inutile d’ajouter un paragraphe d’intentions nobles qui risque de sonner creux et d’alourdir le CV. Mais si vos expériences partent dans tous les sens (et c’est pas grave, hein, la vie est rarement linéaire), ou si votre trajectoire mérite d’être reliée par un fil rouge, alors oui, un profil devient utile.

Il ne s’agit pas de « faire joli », mais de rendre la lecture cohérente et rapide, pour que votre valeur apparaisse immédiatement. Sans qu’on ait besoin de jouer aux devinettes.

Exemples concrets selon votre situation

Profil junior : Louise, 23 ans, master en marketing

Contexte : Louise sort d’un stage de six mois dans une grande entreprise. Elle a peu d’expérience, mais des résultats concrets et une clarté sur ce qu’elle aime faire. Pas mal pour commencer.

Ce qu’elle ne dit PAS (pitié) :
« Jeune diplômée dynamique et motivée, passionnée par le marketing digital. Polyvalente et dotée d’un bon esprit d’équipe. »

Ce qu’elle dit :
« Jeune diplômée en marketing, j’aime rendre les messages clairs et efficaces. Durant mon stage, j’ai contribué à la refonte d’une campagne e-mailing qui a doublé le taux d’ouverture. J’aime les environnements dynamiques où la curiosité et la précision font la différence. »

Pourquoi ça marche : En trois phrases, c’est clair, concret, utile. On voit ce qu’elle fait bien et ce qu’elle apporte. Pas besoin de rajouter qu’elle est « motivée » — si elle postule, on s’en doute un peu.

Profil senior : Marc, 42 ans, directeur commercial

Contexte : Marc a 15 ans d’expérience dans la vente B2B, il a managé des équipes de 5 à 20 personnes et cherche maintenant un poste de direction plus stratégique. Il en a marre du terrain h24, mais il ne veut pas devenir un fantôme en costard.

Ce qu’il ne dit PAS (sauf s’il veut se fondre dans la masse) :
« Expert en management commercial avec une solide expérience du terrain. Leadership confirmé et capacité à fédérer les équipes autour d’objectifs ambitieux. »

Ce qu’il dit :
« Directeur commercial avec 15 ans d’expérience dans le B2B tech, j’ai piloté des équipes de 20 personnes et généré une croissance de 30% sur trois ans. Mon approche : structurer les process tout en laissant de l’autonomie aux talents. Je cherche aujourd’hui un rôle de direction où stratégie et terrain se rencontrent. »

Pourquoi ça marche : Des chiffres, une méthode, une direction claire. On comprend son niveau et ce qu’il cherche. Pas de blabla sur le « leadership », juste des preuves qu’il sait faire tourner la boutique.

Profil reconversion : Amina, 35 ans, enseignante vers chargée de formation

Contexte : Amina a enseigné pendant 10 ans, elle veut passer dans le secteur privé en formation professionnelle. Elle doit traduire son expérience pour qu’elle parle aux recruteurs (qui, eux, ne savent pas forcément ce que c’est que gérer 30 ados un lundi matin).

Ce qu’elle ne dit PAS (trop vague, trop « je change de vie ») :
« Après 10 ans dans l’éducation, je souhaite me reconvertir dans la formation en entreprise. Pédagogue et à l’écoute, je sais transmettre des savoirs complexes avec patience. »

Ce qu’elle dit :
« Après 10 ans à former des publics variés (élèves de collège, adultes en formation continue), je maîtrise la conception de parcours pédagogiques adaptés aux besoins. J’ai conçu un module de formation digitale suivi par 200 apprenants avec un taux de satisfaction de 92%. Je veux aujourd’hui mettre ces compétences au service de la montée en compétences des équipes en entreprise. »

Pourquoi ça marche : Elle traduit son expérience en langage « entreprise », avec des preuves concrètes. On voit tout de suite le pont entre ses compétences et le nouveau secteur. Pas de « je veux changer de vie », juste « voilà ce que je sais faire, et ça tombe bien, c’est exactement ce dont vous avez besoin ».

Profil reconversion : Thomas, 29 ans, commercial vers product owner

Contexte : Thomas a passé 5 ans dans la vente de solutions SaaS. Il s’est formé en autodidacte au product management et a validé une certification. Il veut pivoter vers la tech, mais il sait que « je veux faire du produit » ne suffit pas.

Ce qu’il ne dit PAS (trop flou, trop « rêve de gosse ») :
« Commercial expérimenté en reconversion vers la tech. Passionné par le produit et l’expérience utilisateur, je souhaite rejoindre une équipe produit pour apporter ma vision business. »

Ce qu’il dit :
« Après 5 ans en vente de solutions SaaS, j’ai développé une compréhension fine des besoins clients et de la valeur produit. Formé au product management (certification PSPO), j’ai piloté en parallèle le lancement d’une fonctionnalité côté client qui a réduit le churn de 15%. Je veux aujourd’hui construire des produits qui résolvent de vrais problèmes, en m’appuyant sur ma double casquette business et produit. »

Pourquoi ça marche : Il montre qu’il n’est pas « juste » commercial : il a déjà agi côté produit, il s’est formé, il parle le langage de la cible. La transition devient crédible. Pas de bullshit sur la « passion », juste des actes.

En un mot

Un bon profil professionnel, ce n’est ni un slogan publicitaire ni un pitch vide qui sent le copier-coller LinkedIn. C’est une boussole de communication : claire, utile, adaptée à la cible. Il ne s’agit pas de se vendre comme un produit en promo, mais d’expliquer concrètement ce qu’on apporte. Sans fioriture, sans mensonge, sans bullshit.

Annexe : FAQ pratique

Mon profil est trop long, combien de lignes faut-il ?

Sur un CV : 3 à 5 lignes.
Sur LinkedIn : 8 à 10 lignes maximum.
Chaque mot doit servir. Sinon, on coupe.

Que mettre si je n’ai pas de “vraies” qualifications ?

Des faits, pas des adjectifs creux : stages, projets d’école, bénévolat, gestion d’un compte, événement, blog… tout ce qui montre que vous agissez. Même organiser un apéro pour 50 personnes, c’est de la logistique et de la gestion de budget. Tout compte fait, il suffit de savoir le raconter.

Qu’est-ce qui rend un profil accrocheur ?

La précision : oubliez « motivé.e et organisé.e » (tout le monde l’est, sur le papier).
Exemple : « J’ai coordonné la logistique de trois événements étudiants avec dix prestataires. » Une preuve vaut dix adjectifs… et elle a l’avantage de ne pas faire bailler.

Peut-on garder le même profil pour toutes les candidatures ?

Cela dépend, tout comme le profil n’est pas toujours nécessaire. Il doit mettre en avant les compétences et expériences pertinentes pour le poste visé, tout en restant fidèle à votre personnalité et à vos forces. Un profil vivant s’adapte donc au type de poste et au contexte de l’entreprise, sans trahir votre essence.

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